VIGNOBLE

Bandol : La passion Mourvèdre

La villégiature et le vin, Bandol sait conjuguer les plaisirs. Sur les bords de la Grande Bleue, des vignerons passionnés jouent la partition du mourvèdre, un cépage extravagant qui donne des rouges solaires et sauvages.

Quelle vue ! Elle dégringole littéralement de la falaise, suit les lignes rondes des collines, remonte se heurter aux masses sombres des montagnes, la Sainte-Baume au Nord et la Mont Caume à l’Est puis, elle dérive avant d’aller se perdre dans la mer. D’un seul regard, au bord du précipice du domaine de La Bégude, elle embrasse le vignoble de Bandol dont les rangs de vigne semblent mettre un peu d’ordre dans le fouillis d’une terre bondissante. Entre ciel et mer, l’appellation Bandol dessine un vaste amphithéâtre naturel s’étendant sur huit communes qui prolongent les faubourgs de Toulon. Un peu plus de 1500 hectares de vignes plein Sud qui se rafraîchissent dans les vents marins durant les étés caniculaires. Ce climat et des terres avares transfigurent le mourvèdre en donnant un rouge qui fascine les amateurs.

Vieille histoire… Au temps où Bordeaux balbutiait encore son clairet, les vins de La Cadière étaient connus dans toute la Méditerranée. Très vite, comme à Bordeaux ou à Porto, ils prirent le nom du port de Bandol et vogue les navires… Avec un « B » inscrit au fer rouge dans le chêne, les barriques traversaient la Grande Bleue remplies de vins solides supportant les voyages en voiliers. Et comme on ne prête qu’aux riches, les annales affirment que Louis XV le Bien Aimé était friand du vin du Beausset devenu vedette de la table de Versailles. Pourtant, le bandol moderne n’était pas encore né, il fallut attendre l’avènement du mourvèdre pour qu’il entre dans la cour des grands.

« Le mourvèdre ? Il m’agresse de gentillesse et de sympathie tant il semble faire corps avec le vignoble » confie Henri Gaussen du château de la Noblesse. Une passion mêlée de tendresse habite les vignerons qui évoquent leur cépage élu. « La grappe se présente avec beaucoup de virilité poursuit Jean-François Peyraud. Pourtant, la forme de la grappe évoque un oiseau à deux ailes, je la vois comme une tourterelle ». Singulière aventure pour cette variété de raisin qui présente un passeport espagnol. Les spécialistes lui trouvent une filiation avec le « murviedo » de la région de Valence. Ils le retrouvent aussi sous le nom de « mataro » en Catalogne et de « monastrel » dans le reste de l’Espagne. « En 1941, à la naissance de l’appellation, le carignan, l’aramon et l’alicante qui poussent comme du chiendent et donnent de gros rendements étaient majoritaires rappelle Jean-François Peyraud du domaine Tempier. Le mourvèdre était présent mais pas en cour. C’est mon père Lucien qui a imposé le mourvèdre et le vignoble lui a donné ses lettres de noblesse. Ce ne fut pas facile, tout était à faire, il a fallu arracher la vigne et replanter. Comme c’était l’intérêt des vignerons, ils ont compris très vite ».

Depuis 1976, le bandol rouge doit être élaboré avec un minimum de 50% de mourvèdre mais les vignerons les plus ambitieux ou les plus fous montent ce pourcentage à 80% voir même à 95%. Assez peu répandu, le mourvèdre raconte l’originalité et forge la personnalité des rouges de Bandol. Bien sûr, on le trouve ailleurs, dans les Côtes de Provence et dans la vallée du Rhône mais il n’atteint jamais le niveau du bandol. Pour donner le meilleur de lui-même, « le mourvèdre doit voir la mer » remarquent les vignerons. Comment ne pas les croire ?

Article à retrouver en page 106
d’étoile numéro 1